✍️ Consignes aux scénaristes de Battlestar Gallactica

Je vous recommande l’excellente lecture de « la bible » de la série TV Battlestar Galactica écrite en 2003 par Ronald D. Moore. Rédigée une année avant la sortie de cette série, elle donne aux multiples scénaristes les lignes directrices pour l’écriture des épisodes de la saison 1.

Ce document est très instructif à lire pour comprendre les fondamentaux qui définiront la philosophie l’âme de la série. Vous trouverez ce document dans votre moteur de recherche (battlestar gallactica bible Moore pdf) ou directement ici.

La série respecte une structure en 3 tiers

La consigne est claire et donnée dès la première page. Chaque épisode hebdomadaire devra faire avancer des arcs narratifs sur différents horizons de temps.

  1. Les arcs de la série : sur le temps long, ils racontent la poursuite de la flotte humaine par les Cylons, la survie de l’espèce humaine et la recherche d’une planète d’accueil.
  2. Des arcs « multi-épisodes » : ils se concentrent sur les péripéties qui maintiennent une tension dans la narration sur le moyen terme (entre deux et quatre épisodes).
  3. Les arcs des épisodes : chaque épisode doit avoir un début, un milieu et une fin. Chacun d’eux doit être considéré comme une histoire indépendante du précédent. C’est le court terme.

Une science-fiction « Naturaliste »

L’auteur dit :

« Nous partons de l’idée que le space opera traditionnel, avec ses personnages ordinaires, ses techno-bling-bling, ses extraterrestres à tête bossue et ses héros vides de sens, a fait son temps et qu’une nouvelle approche est nécessaire. Cette approche consiste à introduire du réalisme dans ce qui était jusqu’à présent un genre agressivement irréaliste. Il s’agit de la ‘science-fiction naturaliste’

Concrètement, cela se traduit par :

  • Visuel : utilisation de caméra au poing, d’une prise de vue plus proche du documentaire ou de « cinéma vérité » pour donner l’impression d’être dans un véritable lieu de vie. Ils recherchent un film vrai, pas « de jolies images faites par ordinateur (CGI) », ni de suivre « des effets de mode ».
  • Montage : construire le suspense et la tension dramatique grâce à l’utilisation de prises prolongées qui entraînent le public dans la réalité de l’action plutôt que de le distraire par des successions de plans trop dynamiques.
  • L’histoire : éviter les clichés du genre sur les univers parallèles, le voyage dans l’espace, le contrôle des esprits, les superhéros. La série est avant tout un drame qui concerne des gens. Des gens réels auprès de qui les téléspectateurs pourront s’identifier.

« C’est une série sur nous. C’est une allégorie de notre propre société, de notre propre peuple, et cela devra être parfaitement reconnaissable. »

  • Science. Faire de la hard-SF. Les vaisseaux ne font pas de bruit dans l’espace, la vitesse de la lumière est une loi et il n’y aura aucune violation.
  • Les personnages. Ils ne seront pas stéréotypés. Il n’y aura pas le « petit génie », « le héros gentil », « le méchant » … Les personnages seront des individus normaux, avec toute leur complexité émotionnelle et leur contradictions que l’on retrouve dans des séries de type « The West Wing » et « The Sopranos » (dixit). Ce sont des gens comme vous et moi.

La bible de l’univers

Le document décrit ensuite sur une cinquantaine de pages l’univers de la série.

  • L’histoire de la civilisation humaine
  • La société des cylons (les robots)
  • La biographie des personnages principaux. Qui sont-ils ? Quelle est leur histoire et leur motivation
  • Les possibilités du vaisseau Battlestar Gallactica

Une narration centrée sur les humains

« Le temps passé à discuter des problèmes techniques pour déjouer le dernier complot Cyclon sera mieux employé à gérer les retombées émotionnelles de la relation Adam/Lee. »

Ronald D. Moore le répète. La série est avant tout un drame et parle de personnes (« it’s about people »). Les personnages sont toujours plus importants que tous les autres éléments de l’histoire. Il encourage les scénaristes à exposer les défauts et les fautes de leurs héros. « Ils ne prennent pas toujours les bonnes décisions, ni ne font les choses les plus justes ».

Et de conclure : « ils sont humains ».

Conclusion

Je pense que le succès de ce space opéra tient en ces quelques consignes. Ici, nous sommes loin du boys-club qui sauve la galaxie d’affreux Aliens. Tout est subtilité y compris le rôle des femmes, prépondérant et complexe (Laura Roslin, Starbuck, Numéro six, Grace Park, …).

J’aime beaucoup cette série et elle a été une source d’inspiration lors de l’écriture de La Trilogie Baryonique 🩵

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